On reprend avec les repas que M. Vézina a pris avec des entrepreneurs. Vézina dit que ça pouvait se produire environ 2 fois par mois ou 20 fois par année dans des restaurants du centre-ville. Les entrepreneurs payaient ces repas.
Après ces repas, Vézina contactait l'ingénieur chargé du dossier pour lui demander de faire des vérifications concernant le projet dont il avait été question lors du repas. Il leur demandait de faire un suivi auprès de l'entrepreneur.
Cette intervention suffisait. Aucun entrepreneur n'est revenu à M. Vézina en disant que le dossier n'était toujours pas réglé. « Je ne me prononçais jamais » sur un dossier avant d'en parler à l'ingénieur, sauf si la réclamation était clairement inadmissible.
Selon Vézina, les entrepreneurs passaient par lui parce qu'il était le « patron » des ingénieurs chargés de la surveillance des projets.
Il y a déjà eu des repas simplement pour « fraterniser », mais c'était généralement pour discuter d'un point précis lié à un dossier. Il a aussi déjà été question de conflits avec des ingénieurs, et c'est pour ça qu'ils ne venaient pas au bureau, allègue Vézina.
Vézina n'a jamais rien trouvé de curieux dans cette façon de procéder.
Des entrepreneurs qui l'ont invité : Catcan, Catania, Super Excavations, BP, CSF, Bentech, ATA. « J'en avais mentionné 17 » dans ma déclaration écrite à la commission. Il y avait aussi des firmes d'ingénieurs, dont Dessau.
Vézina a aussi reçu des bouteilles de vin, normalement une ou deux par client, par année. De 20 à 25 entrepreneurs pouvaient faire ça, généralement pendant la période de Noël. Il en recevait chez lui ou, à de très rares occasions, au travail.
D'autres employés recevaient des bouteilles aussi? « Non, je n'ai pas eu connaissance des autres », dit le témoin. Il ne se souvient pas qu'un camion soit venu porter des cadeaux, comme l'a souligné Luc Leclerc.
Luc Leclerc lui a déjà amené une bouteille en disant que ça venait de Garnier. Il n'avait pas apprécié. Il dit qu'il préférait qu'il vienne les porter lui-même, ou que les bouteilles soient envoyées chez lui. « C'est plus poli » dit-il. Il ne s'est pas plaint à Garnier. Il ne leur a pas dit merci non plus. « Ça fait partie des traditions qui étaient implantées ».
Vézina a repris son témoignage, en marmonnant comme hier. Il recevait des bouteilles de vin, au bureau et chez lui, des "clients" #ceic
Le personnel ne parlait pas de ça. « Il n'y a pas de raison particulière », dit Gilles Vézina. « C'était de même ».
"Les bouteilles de vin, c'était un cadeau. On ne remerciait pas. Ça faisait partie des traditions. " Vézina a la #ceic
Chez lui, des livreurs apportaient des bouteilles. Vézina dit qu'il n'était pas là 95 % du temps. Sa femme les acceptait pour lui. C'était accompagné d'une carte avec le nom de l'entrepreneur. Vézina ne sait pas combien ça pouvait valoir. Il n'est pas connaisseur de vin et n'a pas vérifié. Il a aussi déjà reçu des boissons fortes, comme du cognac.
Paolo Catania vous a envoyé de bonnes bouteilles? demande Me Roy. Vézina ne sait pas si c'était de bonnes bouteilles.
À deux occasions, à la suite d'un repas, vous a-t-on déjà offert d'aller à l'hôtel pour rencontrer des escortes? Non, dit le témoin. Il se reprend : il dit qu'on lui a déjà proposé ça quand il avait 26-27 ans, de la part d'un homme qui est devenu entrepreneur.
Il dit maintenant que c'est arrivé. Deux entrepreneurs lui ont offert ça, alors qu'il était chef d'équipe. Il a refusé. Ferland Émard et M. Piazza lui ont offert ça. « Ils prennent une chance. Ils tentent de voir ce que le client peut accepter ». « Je n'ai pas été surpris mais ça ne m'intéressait pas ». Ça ne m'a pas insulté dit-il. J'étais marié depuis trois ou quatre ans. « Le monsieur qui m'a offert ça était un amateur de ça ».
Il y a une différence entre se faire offrir du vin et une femme, dit le témoin. « Ils veulent chercher à savoir ce que le gars, y l'intéresse », dit-il.
Les entrepreneurs offraient des repas au resto, des bouteilles de vin et même des escortes! Mais ça, ça n'intéressait pas Vézina #ceic
Vézina dit qu'un enquêteur de la commission lui a dit, en vérifiant s'il avait reçu son subpeona, que certains de ses confrères allaient « aux escortes l'après-midi ». Il n'a pas fait de vérification. « Ben non! »
Sur les autorisations d'extras. J'étais le premier à vérifier les extras, et le premier à les contresigner, dit-il. Ensuite, il y avait le chef de section et le chef de division.
Un meilleur contrôle s'est appliqué à partir de 1999, mais Vézina ne sait pas pourquoi. « Ils voulaient un meilleur contrôle, je n'avais rien contre ».
Un code de conduite, pourquoi? Pour un meilleur contrôle. Pourquoi? Ben pour mieux contrôler, répond Vézina. #ceic citation du jour?
Des fonctionnaires étaient corrompus, note la procureure Roy. Vous n'avez jamais eu connaissance de ça? « Je n'ai jamais eu connaissance des rôles que ces deux personnes-là ont pu jouer à la Ville avant de l'apprendre à la télévision en 2012 », dit le témoin, en parlant de Luc Leclerc et Gilles Surprenant. Vézina ne savait pas que les deux étaient amis et allaient en vacances ensemble.
Donc, vous ne saviez pas que des extras que vous avez approuvés étaient indus?, lui demande la procureure. « Tout ce que lui me présentait me semblait plausible et payable », dit-il en parlant de Luc Leclerc. Ce dernier savait en principe « les points qu'on payait et les points qu'on ne payait pas ».
Retour sur un contrat exécuté sur le chemin Queen-Mary, déjà évoqué devant la commission. C'était un contrat pour la reconduction d'un égout combiné et d'égouts secondaires d'une valeur de 5,3 M$ accordé à Catcan en mai 2006.
Dans le cadre de ce projet, l'entrepreneur s'est fait payer des travaux non prévus au contrat, grâce à l'enveloppe prévue pour les contingences. Vézina est intervenu en 2008 dans ce dossier. Certaines sommes avaient déjà été payées à l'entrepreneur pour des quantités supplémentaires non prévues aux bordereaux de soumission.
La personne qui mesurait le roc, M. Gascon, envoyait un décompte progressif sur le volume de roc enlevé à Luc Leclerc. Vézina est allé voir Gilles Surprenant en février ou en mars 2008, puisque le volume était bien plus important (3000 mètres cubes plutôt que 900) que celui prévu par les plans et devis qu'il avait préparés.
Quelques semaines plus tard, Surprenant a montré à Vézina le plan du projet (ce plan a été présenté devant la commission par M. Surprenant), et les plans sur lesquels il s'était basé pour faire son évaluation. En mars-avril, Vézina a parlé à Leclerc de ça. Un gars des plans et profils a vérifié ça, et il devait apporter un rapport corrigé à Luc Leclerc pour qu'il corrige son dossier.
Vézina dit que Surprenant ne lui a jamais remis un rapport à ce sujet. Un rapport officiel de Lampron des plans et profils a été remis plus tard à Leclerc. Des longueurs de tuyaux avaient été modifiées, mais pas les quantités de roc (on alléguait que du roc dépassait de l'asphalte). On a payé pour les quantités excédentaires de roc enlevées, dit le témoin.
Donc vous avez accepté de payer pour des réclamations « impossibles », demande Me Roy. « J'ai conclu que lui avait réglé », dit-il. Vézina explique qu'il avait demandé des vérifications. « C'était à M. Leclerc de s'assurer que le rapport avait été corrigé », dit-il. Mais vous deviez signer ça et vous aviez déjà trouvé ça aberrant? le relance la procureure Roy. « J'ai pris pour acquis que les corrections étaient faites », répète le témoin. Mais les chiffres sur le roc étaient les mêmes? insiste la procureure. « Ça a échappé à tout le monde à mon point de vue. Ça m'a échappé. [...] J'aurais dû le voir en signant ».
Me Roy présente une lettre signée par Vézina et adressée à M. Surprenant. La lettre dit que la vérification dans ce dossier est faite à la demande de Robert Marcil, à l'époque chef de division. « C'est bien mon écriture », dit le témoin, qui ne se souvenait pas de la lettre au départ.
Vézina finit par admettre qu'il a autorisé le paiement de travaux qui lui semblaient d'abord incohérents. Ça lui a échappé #ceic
La procureure présente en outre la réponse que Gilles Surprenant a donnée à M. Vézina. Vézina ne s'en souvient pas non plus. Surprenant raconte dans sa lettre qu'il constate des problèmes sur le terrain.
Était ce a la demande du dir Robert Marcil? Non, rien a voir là-dedans, dit Vézina. La proc lui sort une lettre qui dit le contraire...#ceic
Vézina soutient que les vérifications dans ce dossier devaient être faites par Leclerc, du moins pour les quantités aux bordereaux. Lui s'attardait aux extras payables, non prévus, dit-il.
Les extras venaient surtout des quantités en surplus, confirme Gilles Vézina. Il répète que c'est l'ingénieur chargé du dossier qui doit vérifier ça. « Je ne peux pas tout refaire ce que l'ingénieur fait ».
Vézina dit qu'il n'était au courant de rien en matière de collusion. D'autres témoins ont dit pourtant que c'était un secret de Polichinelle.
La commissaire Charbonneau intervient. Elle dit qu'il aurait dû voir qu'il était impossible que du roc dépasse de la voie.
Quand un dossier était démarré, Vézina dit qu'il regardait l'importance et la complexité technique du contrat, la disponibilité des employés, les secteurs dans lesquels ils se trouvaient, l'expertise de chacun. À ce sujet, il encense les compétences de Luc Leclerc. « Il était capable de gérer ça comme il faut. J'avais confiance », dit-il.
"Vous pouvez pas toujours reporter vos responsabilités sur les autres?, lance la juge.... J'ai demandé à Leclerc," répète Vézina. #ceic
La procureure Roy dépose des documents indiquant quels ingénieurs s'occupaient des dossiers de quels entrepreneurs. On y voit que Luc Leclerc a supervisé des dossiers menés par plusieurs entrepreneurs qui ont fait gracieusement des travaux sur sa maison de Brossard.
Au total, Leclerc faisait beaucoup plus de contrats que les autres ingénieurs chargés de projet. Il faisait notamment tous les travaux de Catania, parce que c'était des travaux complexes.